Chemsex: comment ces nuits se vivent-elles vraiment?

Le chemsex : contraction de “chemical” et “sex” ,  désigne une pratique encore méconnue, mais bien présente. Comprendre ses mécanismes, c’est déjà commencer à déconstruire les tabous.

Visualisez ce moment: Vous êtes un homme homosexuel dans les années 70. Les clubs sont vos refuges, des lieux où la musique électrisante et les lumières stroboscopiques font oublier, le temps d’une soirée, un monde extérieur souvent hostile. Les substances comme l’ecstasy ou la cocaïne sont particulièrement populaires, intensifiant les sensations et l’énergie collective, transformant chaque danse en une expérience presque transcendante.

C’est dans l’un de vos clubs préférés que vous entendez pour la première fois parler d’une pratique qui gagne en popularité parmi certains membres de la communauté : le chemsex. On vous décrit des rencontres où la sexualité et les drogues se mêlent, créant une euphorie partagée mais aussi un terrain complexe, où plaisir et risque coexistent intimement.

En fait, cette histoire ne date pas seulement d’une époque lointaine, le chem sex est une pratique qui perdure dans le temps et qui est encore bien présente aujourd’hui. Cette dernière est encore majoritairement pratiquée par des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HARSAH). Par contre, aujourd’hui, des substances comme la méphédrone , le GHB, le GBL ,la kétamine et les nitrites d’alkyle (connus sous le nom de poppers ) sont parmis les plus utilisées pour le chem sex. 

C’est quoi les avantages?

Les personnes qui pratiquent le chemsex rapportent souvent que cette expérience répond à un besoin de connexion, d’intimité et de proximité émotionnelle plus intenses avec les autres. Certaines substances, comme la méthamphétamine ou le GHB, modifient profondément la perception des interactions sociales. Elles peuvent diminuer les inhibitions, atténuer l’anxiété sociale et amplifier les sensations de plaisir, ce qui donne l’impression d’un lien plus fort, plus authentique ou plus immédiat avec les partenaires. Sur le plan neurobiologique, ces substances agissent notamment sur des neurotransmetteurs comme la dopamine, la sérotonine et parfois l’ocytocine, qui jouent un rôle clé dans le plaisir, la récompense et l’attachement. Cette stimulation peut intensifier le sentiment de complicité, de désir et d’ouverture émotionnelle, donnant l’impression d’une connexion exceptionnelle.

En plus, on peut utiliser certaines substances stimulantes pour retarder considérablement le besoin de sommeil, retarder l’éjaculation, ainsi qu’augmenter le désir et l’excitation sexuelle. Ces avantages sont parfaits pour les personnes qui souhaitent faire durer le plaisir sur des périodes prolongées ;) 

Et c’est quoi les risques?

Malheureusement, rien n’est parfait dans la vie et le chem sex n’en fait pas exception. D’abord, on peut penser au risque lié au respect du consentement. En effet, le consentement dans le chemsex est un enjeu central parce que les substances consommées peuvent altérer le jugement, la perception des limites et la capacité à prendre des décisions éclairées. Dans ce contexte, il devient plus difficile de s’assurer qu’un « oui » est réellement libre et continu, ou qu’un refus est clairement exprimé et respecté. Des substances comme le GHB ou la kétamine peuvent même venir flouter la frontière entre être éveillé et être inconscient, ce qui complexifie le respect du consentement. Discuter de ses désirs et de ses limites avant la relation peut contribuer à faire en sorte que le consentement de tout le monde soit respecté. 

Sinon, il y a les risques associés à la consommation de substances elles-mêmes. Par exemple, la déshydratation est un problème fréquent lors des rapports sexuels sous influence de drogues. Certaines substances font également en sorte de ne plus ressentir la faim, ou la fatigue, ce qui peut être dangereux sur des périodes prolongées. Une manière de réduire les risques serait de réserver plusieurs moments de pause pour se reposer, manger et s’hydrater.

Les risques du tabou

Le chemsex se pratique majoritairement dans des lieux privés, et difficile d’accès pour les personnes ne faisant pas partie de cette communauté. Il existe également peu d’informations et de ressources sur le sujet et cette pratique reste inconnue du grand public. Cela peut créer une certaine marginalisation, qui peut amener un grand isolement et un sentiment de honte pour les personnes pratiquant le chemsex. Il n’existe pas de définition universelle du chemsex. Pour certains, il s’agit d’une pratique propre aux hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, tandis que d’autres la définissent en fonction de substances spécifiques. Cette diversité de définitions peut créer de la confusion, mais aussi un certain isolement chez les personnes concernées, qui peuvent avoir du mal à se reconnaître ou à se sentir incluses dans ces différentes perceptions.

En fin de compte, le chemsex n’est ni un simple “ phénomène à la mode” ni une pratique à diaboliser à tout prix : c’est une réalité complexe, faite de recherche de plaisir, de connexion… et de vulnérabilités bien réelles. Et comme souvent, le plus grand danger ne vient pas uniquement des substances ou des pratiques elles-mêmes, mais du silence qui les entoure.

Parce qu’au fond, plus on chuchote, moins on s’informe, et plus les risques augmentent. À l’inverse, en parlant ouvertement du chemsex, sans jugement, sans gêne, et avec une bonne dose d’honnêteté ,on crée un espace où il devient possible de mieux comprendre, de mieux accompagner, et surtout de mieux se protéger.

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